Les eaux usées constituent une ressource énergétique. Comment les services publics canadiens peuvent-ils en exploiter la valeur ?
octobre 5, 2026
Bulletin trimestriel du Réseau canadien de l’eau (RCE) contenant les dernières nouvelles, des perspectives, et des réflexions de leaders d’opinion.

Chaque jour, une énergie thermique précieuse circule dans les infrastructures de traitement des eaux usées du Canada. Pour les collectivités à la recherche de moyens concrets de réduire leurs émissions, de réaliser la décarbonation de leurs bâtiments et de mieux exploiter les infrastructures existantes, les eaux usées constituent une source d’énergie déjà disponible.
Mais reconnaître cette opportunité est une chose. Développer un projet viable en est une autre.
Le nouveau rapport du Réseau canadien de l’eau, « Libérer le potentiel du transfert d’énergie issue des eaux usées au Canada : Pistes économiques, stratégies de financement et réduction des risques liés aux projets », examine ce qu’il faut pour faire passer les projets de transfert d’énergie des eaux usées (TEEU) du stade de l’intérêt à celui de la mise en œuvre.
Les systèmes de TEEU captent l’énergie thermique des eaux usées brutes ou traitées et l’utilisent pour fournir des systèmes de chauffage et de refroidissement efficaces et à faibles émissions de carbone. Bien que la technologie elle-même soit arrivée à maturité, l’expérience acquise à travers le Canada montre que la faisabilité technique ne suffit pas à elle seule à garantir la réussite d’un projet. Les conditions politiques et de marché, l’accès au capital, la gouvernance, la demande à long terme et la répartition des risques peuvent s’avérer tout aussi importants.
Le rapport examine le développement des projets TEEU en Colombie-Britannique, en Ontario, en Alberta et en Nouvelle-Écosse. Il illustre comment les différents cadres réglementaires, marchés de l’énergie et modèles de propriété influencent ces projets. Il analyse également des exemples provenant de l’ensemble du pays afin d’en tirer des enseignements utiles pour les développements futurs.
Pour les dirigeants des services publics, trois conclusions ressortent :
- Les aspects économiques dépendent des politiques et des conditions du marché, et non de la seule technologie. Les marchés de la TEEU les plus dynamiques du Canada se sont développés là où les cadres réglementaires, les politiques municipales et les conditions du marché de l’énergie se conjuguent pour favoriser le développement. La Colombie-Britannique est devenue le leader national, car une réglementation claire en matière d’énergie thermique, des politiques climatiques municipales favorables et des facteurs économiques favorables dans le secteur de l’énergie ont réduit l’incertitude pour les promoteurs et les investisseurs. À l’inverse, les territoires où les prix du gaz naturel sont plus bas ou dont les cadres réglementaires sont moins développés ont connu une adoption plus lente, bien qu’ils disposent du même potentiel technique.
- Les principaux obstacles à leur développement à grande échelle restent l’accès au financement et la réduction des risques liés aux projets. Bien que les systèmes de TEEU offrent des avantages opérationnels à long terme et permettent de réduire les émissions, leurs coûts d’investissement initiaux élevés et leurs délais de rentabilité de 20 à 30 ans posent d’importants défis de mise en œuvre. Les projets canadiens couronnés de succès combinent systématiquement plusieurs sources de financement, notamment des investissements municipaux, des programmes de financement provinciaux et fédéraux, des capitaux privés et des modèles de revenus issus des services publics. Les ententes d’écoulement à long terme, les clients de référence et les approches de planification adaptative constituent des outils essentiels pour réduire les risques et créer des projets viables sur le plan financier.
- La technologie de TEEU donne les meilleurs résultats lorsqu’elle est intégrée dans une planification communautaire et énergétique plus large. Les projets les plus réussis se situent dans des environnements urbains denses où les réseaux énergétiques de quartier (REQ), les grands projets de réaménagement ou les gros consommateurs institutionnels d’énergie génèrent une demande prévisible à long terme. Des études de cas menées dans tout le Canada démontrent que la technologie TEEU est plus efficace lorsqu’elle est intégrée dès le début dans la planification de l’aménagement du territoire, des infrastructures et de l’énergie, plutôt que d’être mise en place a posteriori en tant que solution technologique autonome. Les collectivités qui considèrent les eaux usées comme une ressource énergétique et coordonnent la planification entre les services publics, les promoteurs immobiliers et les acteurs gouvernementaux sont mieux placées pour tirer parti des avantages tant économiques qu’environnementaux.
Ensemble, ces conclusions mettent en évidence un changement de perspective important. Les infrastructures de traitement des eaux usées ne se contentent pas de fournir un service public essentiel. Elles peuvent également s’intégrer à l’infrastructure énergétique d’une collectivité.
Pour les services de gestion des eaux usées canadiens, cela offre l’occasion de repenser les actifs qu’ils gèrent et le rôle qu’ils peuvent jouer dans la construction de collectivités résilientes et à faibles émissions de carbone.
Lisez le rapport complet pour examiner les aspects économiques, ainsi que les pistes de financement et les moyens de réduire les risques liés aux projets, qui peuvent contribuer à faire avancer les projets TEEU.






















