Pleins feux sur les leaders de l’eau : Elvis Oliveira — Région de Peel
juin 24, 2026
Bulletin trimestriel du Réseau canadien de l’eau (RCE) contenant les dernières nouvelles, des perspectives, et des réflexions de leaders d’opinion.

La rubrique « Pleins feux sur les leaders de l’eau » du Réseau canadien de l’eau (RCE) rend hommage aux responsables municipaux du secteur de l’eau de tout le pays en partageant leur parcours professionnel et leurs points de vue sur l’évolution du secteur de l’eau. Dans cette édition, Nancy Goucher, gestionnaire du Consortium sur les eaux municipales, s’entretient avec Elvis Oliveira. Il occupe le poste de directeur principal chargé de la planification des infrastructures d’eau et d’eaux usées, des partenariats et de la conformité pour la région de Peel. Lors du salon Blue Cities 2026, il a reçu le prix Blue Impact Award. Ce prix est décerné à une personne qui incarne l’excellence en matière de direction des services publics d’eau.
Pouvez-vous nous expliquer ce qui vous a amené à choisir une carrière dans le secteur de l’eau municipale ? Quel a été votre parcours professionnel ?
J’ai découvert le monde de l’eau municipale en tant qu’étudiant stagiaire d’été au laboratoire bactériologique de la station de traitement des eaux de Lakeview (aujourd’hui la station de traitement des eaux Arthur P. Kennedy) à Peel. Pendant les pauses, je me promenais dans la station, posant des questions et apprenant auprès des personnes qui en assuraient le fonctionnement. Je n’ai pas mis longtemps à réaliser que ce travail avait quelque chose de fascinant et de significatif.
Après avoir obtenu mon diplôme, on m’a proposé un contrat de six mois en tant qu’opérateur(trice) de réseau d’eau. Mon projet initial était simple : économiser un peu d’argent et reprendre mes études pour obtenir un master. Mais ce contrat à court terme s’est transformé en poste permanent et a finalement marqué le début d’une carrière que je n’avais pas prévue.
Avec le recul, ma carrière n’a pas tant consisté à suivre un parcours tracé qu’à rester ouvert aux opportunités, à apprendre en permanence, à relever de nouveaux défis et à être prêt à m’aventurer dans l’inconnu. Les carrières dépendent souvent du chemin emprunté ; de petites décisions ou des opportunités inattendues peuvent façonner tout ce qui suit.
Une influence inattendue s’est manifestée au début de ma carrière grâce au lieu de travail de ma femme, où son gestionnaire partageait chaque mois une sélection de livres. J’ai commencé à les lire par curiosité, et cela m’a ouvert une perspective totalement nouvelle. Jusqu’alors, je m’étais principalement concentré sur l’aspect technique du traitement de l’eau. Ces livres m’ont fait découvrir le leadership, la conception organisationnelle et ce qui motive les gens. L’un des premiers ouvrages qui m’a marqué est *Les 7 habitudes des gens efficaces*, qui m’a aidé à établir des bases sur lesquelles je m’appuie encore aujourd’hui. Cela a déclenché un changement : je suis passé d’une concentration exclusive sur les processus à un intérêt tout aussi grand pour les personnes et le leadership.
Qu’appréciez-vous le plus dans votre travail ?
Ce que j’apprécie le plus, c’est de travailler avec des personnes passionnées et talentueuses, tant au sein de mon organisation que dans l’ensemble du secteur. Le travail est en constante évolution, ce qui le rend toujours stimulant et enrichissant.
Je tire une grande satisfaction à accompagner le développement de mes collaborateurs et à voir leur confiance grandir à mesure qu’ils assument des responsabilités plus complexes.
Je suis également attirée par l’amélioration des domaines qui ne fonctionnent pas comme ils le devraient, en apportant de la clarté à la complexité. Souvent, cela consiste à prendre quelque chose qui semble chaotique et à l’organiser pour en faire un ensemble structuré, ciblé et mesurable. Je compare parfois cela à la transformation d’un sous-sol encombré en un espace bien organisé. Il faut d’abord tout étaler, comprendre la situation, puis on peut tout réorganiser de manière réfléchie.
Une grande partie de ce travail repose sur la manière dont les personnes interagissent et collaborent. Dans de nombreux processus, les blocages ne se situent pas au niveau des tâches individuelles, mais lors des transferts entre les personnes. Je compare souvent cela à un relais 4 × 100. On peut avoir les coureurs les plus rapides, mais sans un passage de témoin fluide, on ne gagnera pas. Cet échange est crucial.
Chez Peel, la collaboration est au cœur de notre culture. Les collaborateurs sont encouragés à se soutenir mutuellement, et c’est quelque chose que les nouveaux employés remarquent très vite. Notre personnel est prêt à s’entraider et à travailler ensemble au-delà des équipes.
Qui a le plus influencé votre carrière ?
Mon père m’a inculqué une solide éthique de travail. Il a grandi dans la précarité, et ses expériences ont façonné ma vision des choses. Aucun défi auquel je suis confrontée ne me semble insurmontable. Avec suffisamment d’efforts et de détermination, j’en suis venue à croire qu’il y a toujours un moyen d’avancer.
J’ai également eu la chance de travailler aux côtés de collègues et de dirigeants exceptionnels qui m’ont poussé à me dépasser, m’ont soutenu et ont cru en mon potentiel.
Mitch Zamojc est une personne que j’admire profondément. Il a été mon commissaire au début de ma carrière et possédait une capacité unique à faire ressortir le meilleur de chacun. Il nous encourageait à remettre en question les idées reçues et à ne jamais nous contenter du statu quo.
Il a mis en place des approches innovantes telles que la « concurrence régulée », dans le cadre de laquelle des équipes internes rivalisaient avec le secteur privé pour déterminer qui avait la meilleure idée. Cette approche était très avant-gardiste à l’époque. Il a également joué un rôle clé dans le développement d’un partenariat novateur avec la région de York, créant une approche commune des services d’eau et des eaux usées qui a profité aux deux municipalités.
Au-delà de sa réflexion stratégique, ce qui faisait la force de Mitch, c’était son énergie et son optimisme. Même les conversations les plus brèves vous laissaient un sentiment de confiance et de capacité accrues. Ce genre de leadership vous marque durablement, et c’est quelque chose que j’ai essayé de perpétuer dans mon propre travail.
Quelle est la réalisation dont vous êtes le plus fier dans le domaine de la gestion municipale de l’eau ? En quoi a-t-elle contribué à l’organisation ?
L’une de mes plus grandes fiertés est le partenariat solide et de longue date entre Peel et l’Agence ontarienne de l’eau propre (OCWA) : nous travaillons ensemble depuis 1999 pour fournir des services d’approvisionnement en eau et de traitement des eaux usées sûrs, fiables et performants.
Nous nous sommes efforcés de renforcer le contrat au fil du temps grâce à des mises à jour mûrement réfléchies — élaborées à l’issue de consultations approfondies au sein de Peel et avec l’OCWA — afin de garantir que les attentes soient claires, que les risques soient partagés équitablement et que les performances soient mesurables et en constante amélioration.
La relation qui sous-tend ce contrat est tout aussi importante. Notre succès repose sur le respect mutuel, une compréhension commune des défis à relever et un engagement à travailler en collaboration sur le long terme.
Quel changement positif avez-vous observé au cours de votre carrière, et quelle est la tendance émergente à laquelle les gestionnaires de l’eau devraient prêter attention ?
La gestion de l’eau municipale a radicalement changé à la suite de la tragédie de Walkerton. L’adoption de la Loi sur la salubrité de l’eau potable en Ontario a entraîné un renforcement de la surveillance réglementaire, une amélioration des procédés de traitement, la mise en place de systèmes formels de gestion de la qualité et une responsabilisation plus claire des municipalités et des conseils municipaux.
À l’avenir, l’intelligence artificielle pourrait véritablement changer la donne. La capacité à intégrer des données en temps réel provenant de capteurs, de systèmes SCADA et de plateformes de gestion des actifs permettra aux services publics de passer d’un mode de fonctionnement réactif à un mode proactif. Cela favorisera une meilleure prise de décision, une fiabilité accrue et une utilisation plus efficace des ressources.
Y a-t-il quelque chose à votre sujet qui pourrait surprendre les gens ?
À un moment donné, j’ai sérieusement envisagé de reprendre mes études pour devenir mécanicien agréé. Au cours de ma première année en tant qu’opérateur du réseau d’eau, j’ai acheté une Porsche 911 à refroidissement par air, qui est rapidement devenue bien plus qu’une simple voiture. J’ai passé d’innombrables heures à apprendre à la réparer et à la mettre à niveau. C’était à la fois un passe-temps et un moyen concret de comprendre le fonctionnement des systèmes.
C’est à peu près à cette même époque que la certification obligatoire des opérateurs a été mise en place. Préparer ces examens a ravivé mon intérêt pour les procédés de traitement de l’eau et m’a aidé à comprendre comment mettre à profit ma formation scientifique. Ce tournant a été décisif. Il a transformé un simple emploi en une véritable carrière.
En dehors du travail, je suis bénévole à la Société d’aide à l’enfance, j’adore cuisiner, faire de la voile et jouer de la batterie. Grâce à l’inspiration d’Alicia Fraser et de ma collègue Elaine Gilliland, je me suis mis à faire des pizzas, ce qui est désormais devenu une tradition du vendredi. Ce qui a commencé par de la pâte à pizza s’est rapidement transformé en fabrication de pain. Il s’avère que j’apprécie tout passe-temps qui nécessite un peu de bricolage, de patience et une amélioration continue.
Si vous disposiez de ressources et de temps illimités, quelle initiative privilégieriez-vous ? Si vous pouviez avoir un super-pouvoir, quel serait-il ?
Je me concentrerais sur une véritable planification intégrée, où la croissance, le développement, l’extension des infrastructures, le renouvellement des actifs, les opérations et la coordination externe seraient tous parfaitement alignés.
Pour y parvenir parfaitement, il faudrait probablement une boule de cristal afin d’éliminer l’incertitude et de prédire l’avenir.
En réalité, un peu d’incertitude est importante. Elle entretient notre curiosité, aiguise notre jugement et nous pousse à faire preuve d’esprit critique. C’est en partie ce qui rend ce travail à la fois stimulant et gratifiant.






















