Conclusions de la Semaine internationale de l’eau de Singapour : la réduction de l’oxyde nitreux dans les eaux usées n’est pas une mince affaire

Photo (de gauche à droite) : Dr Nerina di Lorenzo, Melbourne Water ; Gurdev Singh, PUB de Singapour ; Emma Shen, Jacobs Canada ; Prof. Liu Ye, Université du Queensland ; Yangshuo Gu, PUB de Singapour ; Dr Bob Stear, Severn Trent Plc (Royaume-Uni) ; Stephanie Rinck-Pfeiffer, Global Water Research Coalition ; Adam Lovell, Water Services Association of Australia ; Peter Grevatt, Water Research Foundation.
Lors de la Semaine internationale de l’eau de Singapour, Nicola Crawhall, directrice générale du Réseau canadien de l’eau (RCE), a assisté à une session passionnante organisée par la Global Water Research Coalition (GWRC) sur le thème « Faire progresser la surveillance de l’oxyde nitreux : protocoles mondiaux, collaboration et voies vers une action à l’échelle du secteur ».
Partout dans le monde, de nombreux services publics d’eau se sont engagés à atteindre la carboneutralité d’ici 2030 ou 2040. Afin d’accompagner les services publics d’eau canadiens sur la voie de la carboneutralité, le RCE a mis en place deux communautés de pratique nationales au cours des deux dernières années. L’une de ces communautés de pratique rassemble les services d’eau qui viennent tout juste d’entamer leur parcours vers la carboneutralité, tandis que l’autre regroupe ceux qui disposent déjà d’un inventaire des gaz à effet de serre (GES). Ensemble, ces services d’eau partagent des approches telles que la récupération du biogaz pour le chauffage sur site, l’augmentation de la production d’énergie renouvelable, l’adoption de politiques d’achats écologiques et l’optimisation du séchage des boues et de l’élimination de l’azote.
Ces dernières années, à mesure que les méthodes de suivi se sont améliorées, les dirigeants des services publics d’eau ont pris conscience que leur empreinte carbone était probablement bien plus importante qu’on ne le pensait auparavant. Cela s’explique par les émissions d’oxyde nitreux (N₂O) provenant des stations d’eaux usées. Bien que l’oxyde nitreux soit communément appelé « gaz hilarant », son impact sur le climat est tout sauf drôle : il est plus de 270 fois plus puissant que le dioxyde de carbone. Il constitue donc un obstacle majeur sur la voie de la carboneutralité.
Cette prise de conscience soulève une question cruciale : comment les services d’assainissement peuvent-ils mesurer avec précision et réduire efficacement ces émissions ? La réponse passe d’abord par de meilleures données. Au cours des deux dernières années, le GWRC, dont le RCE est membre, a collaboré avec une équipe de 60 chercheurs dirigée par le professeur Liu Ye de l’université du Queensland afin d’élaborer un protocole mondial de surveillance de l’oxyde nitreux. Ce projet étant désormais dans sa phase finale, le professeur Liu a présenté les grandes lignes de ce guide. Prévu pour être publié cet automne lors de la conférence de l’International Water Association (IWA) à Glasgow, ce protocole marque une avancée majeure dans l’amélioration de notre compréhension des émissions d’oxyde nitreux et des émissions totales de GES provenant des installations de traitement des eaux usées.
À la suite de la présentation du professeur Ye, une discussion passionnante s’est engagée sur les prochaines étapes entre certains des experts et praticiens les mieux informés dans ce domaine. Le Dr Bob Stear, de Severn Trent Plc, a déclaré que, bien que la surveillance se soit améliorée et que l’on dispose désormais de données exhaustives provenant de nombreuses stations d’épuration des eaux usées, notre compréhension de la dynamique des émissions d’oxyde nitreux en est encore à ses débuts. Les professionnels et les chercheurs tentent de déterminer pourquoi les émissions varient autant d’une saison à l’autre, d’une station à l’autre et d’une heure à l’autre. Le Dr Nerina di Lorenzo, de Melbourne Water, a indiqué que les mesures d’atténuation sont progressives plutôt que révolutionnaires. Il existe actuellement peu de technologies éprouvées permettant d’éviter, de réduire ou de capter les émissions d’oxyde nitreux issues des procédés. « Nous sommes pour l’instant à mi-chemin, nous sommes encore en train de chercher des solutions. »
Cependant, Emma Shen, de Jacobs Canada, a fait valoir que nous ne devrions pas attendre qu’une solution technologique soit mise au point. Nous devrions dès maintenant fournir aux exploitants de stations d’eaux usées les meilleures informations disponibles sur des pratiques opérationnelles spécifiques, même « ennuyeuses », susceptibles de réduire les émissions d’oxyde nitreux. Cela inclut des mesures visant à éviter l’azote, à réduire la production d’oxyde nitreux ou à l’éliminer une fois qu’il a été produit. Le Dr Stear a ajouté que les contrôles anticipatifs, qui utilisent des modèles prédictifs pour anticiper les perturbations et prendre des mesures correctives, se sont avérés être une stratégie efficace. La documentation et le partage de ces pratiques devraient devenir une priorité.
Ensemble, ces observations soulignent à la fois la complexité du défi et l’urgence d’agir. Bien qu’il reste encore beaucoup à apprendre sur le N₂O, le secteur va déjà de l’avant, en combinant une meilleure surveillance, une recherche collaborative et des améliorations opérationnelles concrètes.
À l’avenir, le RCE continuera à soutenir ces efforts. Ne manquez pas la publication, en novembre 2027, de la feuille de route du RCE pour une eau carboneutre, qui s’appuiera sur des analyses mondiales comme celles-ci et aidera à guider les services publics d’eau canadiens sur la voie de la carboneutralité.




























